16 novembre 2005
c le pied
Pour Christian, 54 ans, pas de doute, «c'est le pied». Lui et sa femme, Sylvie, 52 ans, rêvaient de campagne et de silence, de tranquillité et de simplicité. Elle voulait «revoir sa Normandie», raconte-t-il, lui en avait assez de ne vivre sa passion que le dimanche, après ses activités parisiennes dans l'immobilier. Il se voyait bien devenir «peintre de la semaine». Alors, il y a deux ans, ils ont tout quitté: la belle maison de Saint-Germain-en-Laye (Yvelines), la famille, les amis et les sorties. Mais aussi la circulation, le bruit, la pollution et une vie qu'ils trouvaient routinière. Ils se sont installés près de Bayeux (Calvados), dans leur résidence secondaire, un ancien manoir du XVIIIe siècle, qu'ils ont dû rénover et aménager. Non sans mal. «On a vécu l'enfer», assène Christian. Il a encore dans la gorge le souvenir des kilos de poussière qu'il a fallu essuyer, encore et encore, pendant près de huit mois. Chauffage, sanitaires, literie, décoration: au total, ils ont investi plus de 200 000 euros. «On achète un salon pour les clients. Après le salon, il faut une belle cheminée en pierre. Après la belle maison, il faut le beau jardin. Tout cela, c'est des sous et de la sueur, explique-t-il. Même pour qui veut faire le minimum, ça fait déjà beaucoup.»
l'express du 24 Juin 2004
Des néoruraux parfois mal intégrés
Eloignés de tout, ces néoruraux ont, aussi, parfois du mal à s'intégrer à la vie du village. Choc des cultures et des valeurs, incompréhension de part et d'autre, la communication peut se révéler compliquée. Souvent, les enfants sauvent la mise aux parents. Des relations se créent à la sortie de l'école, grâce aux copains qui viennent goûter après les cours. «Créer des chambres d'hôte, c'est aussi pour les citadins qui ne sont pas du coin une manière de faire valider leur appartenance locale, de s'ancrer dans la région, alors que les habitants les perçoivent souvent comme des étrangers», observe le sociologue Christophe Giraud. Mais la chambre d'hôte est aussi un moyen, pour les femmes, de gagner en légitimité et en autonomie, relève-t-il: «Sur la scène agricole, l'épouse est une aide invisible. Sur la scène de l'accueil, c'est le mari qui aide. La hiérarchie des pouvoirs est inversée. Grâce aux chambres d'hôte, les femmes ont une activité à elles sur l'exploitation. C'est une reconnaissance personnelle.» C'est surtout, dans l'imaginaire des citadins fatigués qui rêvent d'arrêter de courir pour «voir grandir leurs enfants», l'une des dernières aventures modernes. Comme un défi que l'homme pressé se lancerait à lui-même, s'obligeant au silence, à l'introspection et à l'ouverture aux autres. «Aujourd'hui, l'espace rural a au moins cette vertu: il permet un voyage à la fois exotique et rassurant», souligne Bernard Farinelli, auteur de Quitter la ville, mode d'emploi (Village éditions). Le «voyageur», hélas! n'échappe pas à la routine: le métro-boulot-dodo se mue en accueil-cuisine-ménage. Mais il paraît que l'herbe reste merveilleusement verte de l'autre côté de la barrière.
Article l'express du 24 juin 2004 - par Natacha Czerwinski
Un véritable phénomène de société
En quinze ans, le nombre de chambres d'hôte est passé, en France, de 4 500 à près de 30 000. Il s'en crée 1 500 chaque année, rien que pour la Fédération nationale des Gîtes de France. «Les demandes pour figurer dans le guide augmentent de façon constante depuis cinq ans, explique Jean de Beaumont, qui publie régulièrement une sélection des Hôtels et auberges de charme en France (Rivages). Mais le profil des propriétaires a changé: il y a dix ans, c'étaient des gens âgés qui avaient une grosse maison et qui, les enfants partis, décidaient de la rentabiliser. Aujourd'hui, ce sont des couples plus jeunes, qui changent de vie.» Il dit en souriant: «On ne va plus élever des chèvres dans le Larzac, on ouvre une maison d'hôte. C'est un retour à la terre plus sophistiqué, plus réaliste, plus viable aussi.» Créée à la fin des années 1960 par le ministère de l'Agriculture pour éviter la désertification et maintenir les agriculteurs sur leurs terres, la maison d'hôte - à ne pas confondre avec le gîte rural, qui propose à la location une petite maison individuelle, cuisine comprise - est devenue un phénomène de société, nourri par le mythe d'une qualité de vie à la sauce paysanne et d'une convivialité retrouvée. Sous la menace du chômage et du stress de la vie urbaine, les particuliers font fréquemment de l'ouverture de ces bed and breakfast hexagonaux leur eldorado personnel. Mais, idéalisé, parfois mal préparé, souvent sous-estimé, le projet de rêve peut rapidement virer au cauchemar. Entre une législation balbutiante, des hôteliers qui crient à la concurrence déloyale et des revenus épisodiques, le terrain est miné. Et l'aventure peut coûter cher. Mais, quand ça marche, le bonheur est vraiment dans le pré.
Article l'express du 24 Juin 2004 - par Natacha Czerwinski
La folie des maisons d'hôte
par Natacha Czerwinski
C'est le rêve d'un nombre croissant de citadins: fuir la ville, s'installer au vert et réinventer sous son toit les lois de l'hospitalité. Le charme opère: ce tourisme explose et devient «tendance» (nos 45 meilleures adresses de charme, région par région). Même si, pour les néoruraux qui tentent l'aventure, le bonheur n'est pas toujours au bout du chemin
2,4 millions de citadins se préparent à s'installer à la campagne
C'est le fantasme n° 1 des Français qui veulent changer de vie: ouvrir une maison d'hôte. Sur les sites consacrés aux créateurs d'entreprise, c'est aussi le thème le plus consulté. Selon un sondage Ipsos de juin 2003, 42% des habitants des communes de plus de 100 000 habitants affirment vouloir vivre et travailler en zone rurale. 18% d'entre eux, soit 2,4 millions, ont planifié leurs démarches et les contacts à nouer pour les cinq prochaines années. De plus en plus de citadins, comme Karyn et Patrick, se lancent dans l'aventure. Ils veulent fuir les villes. Fuir Paris, en particulier.
Article l'express du 28 juin 2004
Bed & Breakfast & Business. Transformer sa maison en chambre d'hôtes
Pour conserver un patrimoine immobilier quand on est « limite » financièrement, on peut monter dans le train du tourisme vert. Jouable mais exigeant
L'avantage pour le vacancier semble évident : échapper à l'anonymat d'un hôtel tout en bénéficiant de prestations d'un bon rapport qualité-prix. Mais le propriétaire peut aussi y trouver son compte. « L'an dernier, nos 600 adhérents ont réalisé en moyenne 104 nuitées chacun. Soit un revenu moyen de 30 000 francs », annonce Hervé Lehouelleur, gérant du réseau Café-Couette, dont le prix moyen pour une chambre double avec salle de bains privée avoisine 280 francs. « Mais en s'investissant vraiment, ils peuvent facilement doubler ou tripler ces revenus. Pas de quoi mener la vie de château, mais c'est toujours un petit appoint appréciable dans une famille », ajoute-t-il.
Face à un tel engouement, louer des chambres d'hôtes peut-il être un métier à part entière ? Les investissements deviennent en tout cas de plus en plus lourds. Les chambres d'hôtes montent en gamme. Rarissimes il y a quelques années, les salles de bains privatives se généralisent. Débordés par la concurrence, les propriétaires rivalisent de luxe.
